Retour sur la rencontre du 21 octobre 2017

Au centre de cette rencontre, la question de la répartition des richesses et la fiscalité avec Georges GILKINET, député fédéral Ecolo, Ahmed LAAOUEJ, chef de groupe [PS] à la Chambre et Marco VAN HEES, député fédéral PTB. Ainsi qu’Antonio GAMBINI du CNCD.

Elle a donné lieux à de riches échanges entre les orateurs et la salle.

La prochaine rencontre est déjà prévue pour le 10 décembre 2017 [Infos pratiques suivront] !

Compte-rendu de la rencontre du 21 octobre 2017

RÉPARTITION DES RICHESSES ET DE LA FISCALITÉ

Rencontre du 21 octobre 2017 | Liège Cité Miroir

Invités : Georges Gilkinet, Ahmed Laaouej, Marco Van Hees, et Antonio Gambini


Synthèse du débat organisé le 21 octobre 2017 par Notre Gauche à propos du lien entre revenus et fiscalité

Le 21 octobre 2017, Notre Gauche a organisé à Liège, à la Cité Miroir, un débat à propos du lien entre répartition des richesses et fiscalité. En matière de fiscalité, Notre Gauche avance trois revendications : une globalisation des revenus, un rétablissement de tranches d’imposition plus progressive et l’instauration d’un impôt sur le capital.

On trouvera ci-après le compte rendu des échanges entre Georges Gilkinet député fédéral Ecolo, Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre, Marco Van Hees, député fédéral PTB et Antonio Gambini, expert au CNCD, ainsi que des réponses aux nombreuses questions posées par le public.

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Rencontre sur la répartition des richesses et la fiscalité

Le 21 octobre prochain dès 16 heures à la Cité Miroir [Salle Francisco Ferrer], Notre Gauche vous invite à sa prochaine rencontre autour de la répartition des richesses et la fiscalité.

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Compte-rendu de la rencontre du 10 juin 2017

LA RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL, PREMIÈRE RUPTURE AVEC TINA ?

Rencontre du 18 février 2017 | Liège Arsenic2

Invités : Delphine HOUBA et Michel CERMAK


Claude Fafchamps (Arsenic2) accueille les participants en lisant un texte de Roland de Bodt, rédigé pour les dramaturgies du XXIe siècle, une réflexion sur le vivre ensemble :

Toute illusion nous aveugle

Tina

There is no alternative

Un monde sans alternative

est un monde sans choix

Un monde sans choix

est un monde sans liberté

Tina

There is no alternative

Un monde sans alternative

est un monde sans imagination

Un monde sans imagination

est un monde sans avenir

Tina

There is no alternative

Le symptôme d’une tyrannie aux abois

Ceux qui prétendent qu’il n’y a pas d’autre alternative

Tous ils nous abusent !

Changeons d’ère…

Jean-François Ramquet présente la séance en rappelant que la programmation portait sur les alternatives dont une en particulier : la Réduction Collective du Temps de Travail (RCTT). Suite à un contretemps, le volet critique du « there is no alternative » ne sera pas abordé comme prévu.

Le précédent débat avait conduit à des recherches de convergences : la RCTT en était ressortie. Delphine Houba et Michel Cermak vont présenter leur réflexion à ce sujet. Elle fait l’objet d’une publication : « Partageons le temps de travail »1

Delphine Houba: la semaine qui s’achève était semaine était une semaine de 4 jours. À l’échelle individuelle comme collective, on apprécie de retrouver du temps pour nous.

Pour s’engager, il faut du temps. Le livre a été écrit sur leur temps libre, donc bien loin du mythe qui dit que ceux qui veulent réduire le temps de travail sont des glandeurs. Le projet nait au sein du Collectif Roosevelt2 : collectif citoyen venu de France, il est implanté en Wallonie et à Bruxelles. Il postule un engagement sur15 solutions « pour sortir de la crise et changer de modèle ».

L’une des 15 propositions est la RCTT. Le mot collectif y est important. On parlera en termes de partage tout autant que de réduction. Le livre tente de fonder un argumentaire : en tant que citoyen, comment participer au débat. L’hypothèse a été d’aller à la rencontre de ceux qui le font déjà, de rencontrer des personnes qui vivent déjà la RCTT.

Michel Cermak propose un tour d’Europe : France, Allemagne, Suède, Belgique, autant de formules de la RCTT : 4 jours, journée de 6h, répartition du temps sur plusieurs semaines, etc. Les objectifs étaient variés : initiatives de travailleurs ou de patrons, sauvetage des emplois, création d’emplois. Tous partent de la perception que le chômage est un fléau et qu’il est possible de s’y attaquer : diminuer le stress au travail, apporter plus de bien-être, tout en renouant avec la productivité.

Ainsi, la RCTT existe ou a existé depuis des années dans des entreprises qui l’ont vécu positivement. (avant même le débat sur les 35h). Les exemples vont d’une entreprise de recyclage dans la Construction (YPREMA) à un garage Toyota en France, en passant par des aides-soignantes en Suède, la VRT, Auto 5 ou le Service d’Etudes de la Centrale Générale de la FGTB en Belgique et même une filiale d’Arcelor-Mittal en Allemagne.

En France, des expériences de 4 jours sans modification de salaire ont été tentée dès les années 90. La Loi de Robien (1996), moyennant un effort salarial demandé aux travailleurs, entrainait une réduction des cotisations sociales pendant 7 ans. Les négociations portaient notamment sur des diminutions de primes ou l’écrêtage de hauts salaires. L’amélioration des performances rapidement constatées permettait vite un retour au salaire initial.

En Suède la réduction à 6h du temps de travail des aides-soignantes, expérimenté à Göteborg, a permis le constat d’un mieux-être des travailleuses qui s’est traduit aussi par un impact positif pour les résidents d’une maison de repos.

Pour Auto 5 en Belgique, alors que des agences allaient fermer les travailleurs ont négocié plus de polyvalence et des heures d’ouvertures supplémentaires contre un passage à 36h semaines (ou 32/40). Des emplois ont été sauvés, la productivité augmentée. La flexibilité ainsi instaurée, la perspective d’ouverture de nouvelles agences est apparue.

A la VRT, cela a permis de sauvegarder l’emploi.

Le cas d’Arcelor est le moins porteur, car il s’agissait de sauver des emplois, mais dans de moins bonnes conditions.

Un des aspects du problème, c’est la difficulté de convaincre, parfois même les travailleurs. Ils doutent de la faisabilité. Un site www.dutravailpourtous.be est créé pour propager l’idée et permettre le recueil d’autres expériences.

Historiquement, le temps de travail va en décroissant3 :

  • 1921 journée de 8h 
  • 1960 semaine de 5 j
  • Sans perte de salaire, malgré les réticences du patronat et des partis conservateurs. On a tendance à l’oublier et on s’impose nous-même l’idée que c’est impossible.

Aucun cataclysme prédit sous prétexte de perte de compétitivité n’a eu lieu.

Débat

(Pour la facilité de lecture, les questions sont reprises ici de manière anonyme et les réponses redistribuées, alors que le débat regroupait les interventions par bloc de questions)

  1. Secteurs touchés par la robotisation : quid de la RCTT ? Sera-t-elle une résultante ?
  • C’est un angle pour intéresser, par exemple, ceux qui s’y opposent mais se rendent compte de la réalité de la destruction du travail par la robotisation, alors que notre société est organisée autour du travail. Le livre donne des chiffres sur le nombre d’emplois que la mesure pourrait créer.

Passer à la semaine de 4 j ne ferait que rattraper le gain constant de la productivité. Après on pourra encore envisager l’avenir. Philippe Defeyt estime que la mesure permettrait de créer 300 000 emplois.

Cependant, la demande et l’offre de travail ne se rencontrent pas forcément. Il faudra un cadre général établi par l’Etat, mais assez souple pour permettre une adaptation à la carte.

Certaines études annoncent, quant-à-elles, une perte de 50 % des emplois perdus à terme, du fait de la robotisation. Cela exigera d’autres combats.

Il y a également une question d’égalité à surmonter : en Belgique on compte deux homme pour une femme en ETP, mais il y a actuellement quatre fois plus de femmes en temps partiel (donc, bien distinguer la réduction individuelle du temps de travail avec diminution du salaire de la Réduction collective avec salaire maintenu).

  1. Mettre l’accent sur le bien être : donc danger 9h par jour en 4 jour. La revendication doit reposer sur ce qu’elle va apporter aux travailleurs.
  • Tous les exemples montrés ne sont pas exemplaires. Celui d’Arcelor, en Allemagne ne l’est pas, mais il faut les illustrer tous. Même entre nous, entre partis et syndicats, les modalités divergent.
  • L’urgence est surtout de rassembler autour de l’idée. L’urgence aussi est de multiplier les expériences ponctuelles
  1. Pourquoi ne pas parler de partage du travail plutôt que de partage du temps ? Le travail est une ressource limitée, ce n’est pas tenable que tant de personnes n’aient pas accès au travail, ça devrait être un droit. Sinon on est des bobos, on doit accentuer le débat sur le partage de la ressource, sur le droit au travail.
  • C’est justement l’argument des conservateurs, « le travail n’est pas un gâteau, il peut croitre avec la croissance etc. ». Dans la réalité on produit nettement plus mais avec le même nombre d’heures (celles-ci sont ont globalement peu évolué depuis 50 ans) et plus de travailleurs disponibles. La réalité c’est que le gâteau n’a pas bougé et qu’on doit le partager. Le partage régit par le marché, c’est insensé, on doit se le réapproprier. Il y a en Belgique 1 million de travailleur demandeurs d’emploi et 1 million de travailleurs en temps partiel subi.

Or, le débat est biaisé car il se fait souvent entre gens qui aiment leur travail ! Or, c’et plutôt rare, 80% des gens sont d’avis contraire.

  1. Travail = le mot pour racine latine un instrument de torture. Ne faut-il pas modifier notre relation au travail, exiger une meilleure redistribution des profits et accepter qu’on ne vas pas tous toujours travailler : qu’en est-il du débat de l’allocation universelle ?
  • Il a été du livre à dessein. Les questions ne sont pas antagonistes mais choix est de les traiter séparément. On n’a donc pas interrogé des questions comme le niveau de montant décent ou le financement d’une telle mesure.
  • Une intervenante rappelle que la représentante du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, reçue à la tribune de NotreGauche, a marqué son opposition, parce que la question n’est pas seulement financière : le travail permet de compter dans la société. Il crée le statut social et permet de ne pas en être exclu, même avec une allocation !
  1. Quid de la RCTT au sein d’une administration ? Dans le secteur public aussi des travailleurs sont pressés comme des citrons et travaillent beaucoup trop, parce qu’ils ont le sens du service public. Et à côté de ça, on remplace un agent sur 3. et on les remplace par des « couillonnades » de nouvelle gouvernance, d’objectifs NPM, des indicateurs,… soit les méthodes du privé qui constitue une dérive.
  • C’est un enjeu fondamental de société. Qui se joue maintenant à enveloppe fermée, donc forcément vers le bas pour les travailleurs. La RCTT est une facette, elle n’est rien sans un refinancement des services publics, par exemple, et une justice fiscale ! Il y a cependant des initiatives, comme des possibilités de réduction du temps de travail en fin de carrière (Wallonie).
    On devrait se pencher dans ce cas sur une réforme fiscale qui pourrait rapporter 25 milliards et qui se complèterait de la lutte contre l’évasion fiscale estimée à 30 milliards.
  1. Il faut convaincre les travailleurs en amenant de l’espoir (TINA), mais le win win, pas d’accord. Il faut être plus combatif pour mobiliser. Mais si c’est en échange de réduction des cotisations patronales, on perd une partie de notre salaire ! les entreprises font des bénéfices et ne devraient pas avoir besoin d’aide pour créer de l’emploi !
  • C’est la question du modèle de financement. Et elle est liée au rapport de force. La stratégie peut-elle se faire en deux temps ? D’abord la RCTT via un modèle pour aller vers plein emploi et améliorer ainsi le rapport de force : moins de chômeurs crée de meilleures conditions de négociation pour obtenir un gain sur les salaires, ou si on veut, une part de richesse redistribuée qui redevient plus favorable aux travailleurs. !
  1. Il est intéressant de partir d’expériences concrètes : doit-on imposer ou doit-on susciter l’adhésion. ?

Quid du travail à domicile ? Quid de la volonté d’ouverture 7/7 ? Quid de l’épargne carrière : travailler beaucoup un temps puis récupérer après ? Quid de la flexibilité demandée ? Les jeunes recherchent parfois moins de contraintes. Est-ce une volonté de créer de manière libérée, de faire une nouvelle économie autrement ?

  • Le travail à domicile ouvre un autre débat. en ce qui concerne les 7J/7, les exemples montrent souvent des services qui ouvrent le samedi matin ou des heures d’ouvertures journalières allongées. Les clients sont contents, les employeurs y trouvent leur bénéfice. Ce n’est pas négatif si le rapport de force est rééquilibré en faveur des travailleurs. Cela revient à la souplesse nécessaire pour l’adoption de mesures et dépend du secteur d’activités.
  • En ce qui concerne les nouvelles formes de travail, un exemple est connu d’une start-up californienne qui pratique 5h par jour avec un constat de productivité au-dessus de la norme
  1. Comment avoir un combat collectif au niveau politique ? Faut-il revendiquer collectivement une règle qui viendrait d’en haut ?
  • On peut penser à renforcer le dispositif existant en Belgique (Loi de 2000) et penser ensuite à généraliser. Il a été plus conséquent en France (Loi de Robien et 2 Lois Aubry).
  1. Le dernier rapport sur l’implantation « coercitive » des 35h en France tend à démontrer que la méthode a bien conduit à la création d’emplois.
  • La mesure a eu mauvaise presse mais se révèle la plus efficiente des politiques d’emploi ! 350 000 emplois ont été créés et cela se révèle le système le moins coûteux pour le faire. On considère que cela a coûté 12 000 € par emploi, bien moins que les mesures Hollande ou Michel (tax-shift sans compensation) qui ne garantissent aucune contrepartie.
  1. Ne doit-on pas parler d’emploi plutôt que de travail ? Tout le monde travaille et ce n’est pas seulement dans le cadre d’un contrat. On ramène le socle de réflexion sur l’économico-politique en parlant d’emploi. Cela vicie la notion de travail.
  • Effectivement, le choix des notions doit évoluer. On parle sans doute d’emploi et on peut réserver la notion de travail à une réflexion plus large.
  1. La RCTT produit-elle une relance de la consommation ?
  • La création d’emplois crée plus de pouvoir d’achat. A priori, la mesure est favorable à la consommation.
  1. Est-ce que la règle veut que la réduction de 20 % du temps de travail conduit à produire la même chose que 80 % du temps.
  • Non, car c’est surtout l’embauche compensatoire améliore la productivité de l’entreprise. Et les travailleurs sont généralement plus présents et motivés, donc on améliore la performance globale.
  1. Les chiffres cités depuis le début du XXe siècle méconnaissent le fait que les travailleurs étaient largement « accrochés » à leur lieu de travail (cela vaut pour les corons miniers, pour les agriculteurs, pour les industries). Le développement du tertiaire a contribué au déracinement, au phénomène des navettes. Un travailleur peut être absent de chez lui, dans d’autres conditions bien sûr, douze heures, tout autant qu’un ouvrier du début du siècle passé. Ne devrait-on pas réfléchir au temps, en partant du seuil de son logis ?
  • Cette question n’a pas été traitée, mais le mériterait sans doute. Le livre et le site sont des supports pour faire avancer la discussion.

1 Partageons le Temps de travail, Entre chômage et burn-out : mode d’emploi pour la semaine de 4 jours en Bruxelles, Couleur Livres, 2017, collectif Roosevelt. Les bénéfices de la vente du livre vont au collectif.

2 www.rooseveltbe.org et https://collectif-roosevelt.fr/ Une contribution de l’hebdomadaire POUR est aussi citée en référence.

3 Sur ce sujet, cf. Le temps de travail en Belgique depuis la fin de la Première Guerre mondial (1918-2016), Lionel Vanvelthem, site IHOES.

La Réduction du Temps de Travail, première rupture avec TINA ?

Le 10 juin prochain dès 16 heures dans le chapiteau d’Arsenic2 installé sur le site de Bavière, Notre Gauche vous invite à sa prochaine rencontre.

Nous avons choisi deux intervenants :

Delphine HOUBA et Michel CERMAK, membres du collectif Roosevelt et coauteurs du livre « Partageons le temps de travail » aux éditions Couleurs livre.

Après leurs exposés, nous passerons à un échange avec les participants pour clarifier les enjeux de ce débat qui fait converger les forces politiques de gauche.

De quoi annoncer des lendemains qui rassemblent ?

Ajoutons encore que la librairie Stéphane Hessel proposera des exemplaires de l’ouvrage à la vente. Les auteurs se prêteront volontiers au jeu de la dédicace.

Inscriptions souhaitées: https://goo.gl/forms/J3kQNZmgEMwYOYRz2

Accueil 16:00 – début des débats 16:30 – verre de l’amitié 18:00

Compte-rendu de la rencontre du 18 février 2017

DÉBAT AVEC MURIEL GERKENS, FRÉDÉRIC DAERDEN ET RAOUL HEDEBOUW

Rencontre du 18 février 2017 | Cité Miroir Liège

Invités : Muriel Gerkens (Ecolo), Frédéric Daerden (PS) et Raoul Hedebouw (PTB)


Ce samedi 18 février, le ciel radieux n’empêche le public de se presser en masse dans la Salle des Lumières de la Cité Miroir pour entendre Muriel Gerkens (Ecolo), Frédéric Daerden (PS) et Raoul Hedebouw (PTB), invités par Notre Gauche à débattre pour identifier des convergences entre les programmes qu’ils défendent. Un événement politique qui démarre avec quelques minutes de retard parce qu’il faut ajouter puis ajouter encore des chaises.

Qui peut porter des valeurs contrant les tendances lourdes qui les citoyens subissent aujourd’hui ? Le monde associatif, les mouvements citoyens, les organisations syndicales : les premières rencontres de Notre Gauche l’ont montré, au travers de différentes thématiques et d’intervenants convaincus. Quant aux partis politiques de gauche, sont-ils à même de dépasser leur propension à stigmatiser les oppositions pour se rallier à quelques principes fondamentaux unificateurs ? Trois thèmes – l’Europe, l’exercice de la solidarité et l’économie au service de la justice sociale – sont soumis à leur représentants pour en rendre compte.

3 questions de Notre Gauche aux  représentants des 3 partis invités

1. L’Europe est une Europe d’austérité et de normes, dont la remise en cause est le cheval de bataille des partis populistes. Peut-on inverser les paradigmes pour édifier une Europe sociale et solidaire ?

2. L’exercice de la solidarité dans notre pays est mis à mal par le Gouvernement. Le financement de la sécurité sociale est cadenassé. Le nombre d’exclus du système croît. Le budget des soins de santé est raboté. Comment développer à nouveau une politique sociale ? Par exemple, l’individualisation des droits ou l’allocation universelle sont-elles de bonnes réponses ?

3. Comment remettre l’économie au service d’une plus grande justice sociale ? Quelles modalités d’organisation des entreprises mettre en œuvre pour qu’elles retrouvent une dimension humaine ? Quid du développement endogène ?

 

Notre Gauche : L’Europe est une Europe d’austérité et de normes, dont la remise en cause est le cheval de bataille des partis populistes. Peut-on inverser les paradigmes pour édifier une Europe sociale et solidaire ?

Frédéric Daerden : Notre avenir en tant que Wallons passe par l’Europe. Cependant, au sein du PE comme de l’UE, la droite majoritaire nous offre une marge de manœuvre limitée par rapport à la politique d’austérité qui est pratiquée. Les  politiques fiscales et bancaires sont à revoir fondamentalement.  Il faut repenser l’UE en termes d’harmonisation sociale (minima sociaux, mesures anti-dumping) et, pour ce faire, il faut que les mouvements citoyens de gauche et les syndicats se fédèrent. Il faut aussi, selon moi, réfléchir en termes de protectionnisme intra-européen.

Muriel Gerkens : Le problème est que la politique européenne met à mal les politiques de solidarité nationales et que les décisions s’y prennent sans réel contrôle des Etats concernés. Donc, oui à une Europe sociale, fiscalement harmonisée mais aussi à une Europe des Droits de l’Homme : dans certains pays de l’UE, les droits fondamentaux des femmes, des homosexuels, etc. sont directement menacés. Enfin, l’UE se comporte comme une forteresse et se montre incapable de décider d’une politique d’accueil des immigrés. C’est dire qu’il y a beaucoup de boulot.

Raoul Hedebouw : L’Europe n’est pas l’instrument des citoyens mais celui des lobbies. Elle favorise la mise en concurrence des travailleurs. Les Etats souverains qui s’opposent aux traités et à la politique d’austérité y sont pénalisés. On le voit, encore actuellement, avec la Grèce. Seule une victoire de la gauche permettra de sortir de ce cadre qui ne fonctionne que sur la logique du marché et de rompre avec ce que l’UE représente aujourd’hui. Il faudra tout reconstruire sur la base d’autres principes, ancrés dans les réalités sociales. 

  1. G. : L’exercice de la solidarité dans notre pays est mis à mal par le Gouvernement. Le financement de la sécurité sociale est cadenassé. Le nombre d’exclus du système croît. Le budget des soins de santé est raboté. Comment développer à nouveau une politique sociale ? Par exemple, l’individualisation des droits ou l’allocation universelle sont-elles de bonnes réponses ? 
  1. G. : Les bénéfices des luttes sociales acquis au terme d’un long combat sont démontés, les uns après les autres, par le Gouvernement actuel. Financer la Sécu, non pas en fonction d’une enveloppe fermée mais bien en fonction des besoins est, pour nous, une priorité absolue. La totalité des revenus doit participer à ce système de solidarité. Aujourd’hui, alors que la part des revenus diminue dans le financement de la sécurité sociale, les travailleurs en perdent le contrôle. C’est inacceptable.

Pour nous, les soins de santé doivent s’organiser sur une base territoriale, incluant tous les acteurs. Cela exige un maillage sans failles. Aujourd’hui on veut faire du citoyen un acteur de sa santé mais on lui refuse les outils pour ce faire. L’allocation universelle fait, au sein d’Ecolo, l’objet d’un débat qui n’est pas clos. 

  1. H. : A la notion de cotisation sociale, l’usage courant préfère aujourd’hui celle de charges patronales. C’est très révélateur du fait que la Sécu est mise sous la tutelle des politiques de droite. Le définancement de la sécurité sociale s’inscrit aussi dans un contexte d’une dérégulation du travail organisée à l’échelon européen. Sous le prétexte de la compétitivité, on instaure une concurrence entre travailleurs allemands, français, belges, etc. L’opposition a réussi à faire remplacer charges par cotisations dans la loi Peeters. Plus important, elle parle d’une seule voix sur ce thème : il faut redresser le rapport de force travailleurs/capital pour augmenter les revenus de la Sécu. Pour le PTB, le débat sur l’allocation universelle est un faux débat dans une Europe de la récession. 
  1. D. : Le budget de la Sécurité sociale, c’est 100 milliards d’euros par an, soit 1/4 du PIB. Ce sont les travailleurs qui ont construit ce système : il leur appartient. Ce que veut le gouvernement actuel, c’est que chacun finance ses soins et épargne pour sa pension. Cela veut dire que les moins riches seront exclus de ces droits-là. Si les cotisations sociales diminuent, le financement du système, qui est à la base d’un principe inviolable de solidarité, doit pouvoir reposer sur d’autres sources : impôt sur la fortune, taxe sur les transactions financières et les plus-values. 
  1. G. : Comment remettre l’économie au service d’une plus grande justice sociale ? Quelles modalités d’organisation des entreprises mettre en œuvre pour qu’elles retrouvent une dimension humaine ? Quid du développement endogène ? 
  1. H. : La réduction du temps de travail (RTT) est un thème fédérateur pour la gauche. Le combat est de l’ordre de celui qui s’est mené pour conquérir la journée de 8 heures. Actuellement, le travail à temps réduit rime avec hyperflexibilité, précarité et salaire de misère. La productivité a augmenté mais les travailleurs ne voient pas la couleur des profits engendrés de ce fait. Les revenus de l’augmentation de la productivité doivent être réinvestis dans une meilleure distribution du travail disponible. Un travail correctement rémunéré pour tous, c’est un combat. La RTT sera aussi est aussi une façon de permettre au citoyen de retrouver du temps pour se réinvestir dans les champs social, culturel, politique, etc. La démocratie s’arrête là où commence l’entreprise. La mise en œuvre de vraies règles démocratiques en entreprise est une priorité. 
  1. D. : Il est important que les valeurs de la gauche s’expriment à tous les niveaux de pouvoir. C’est la seule option que nous ayons pour défendre les services publics et envisager une annulation des dettes publiques. Sur la réduction du temps de travail, évidemment, c’est oui. Chacun doit avoir accès au travail, là où les technologies nouvelles bouleversent la donne traditionnelle. Redistribuer le travail disponible est une priorité pour nous, dans la mesure aussi où la masse revenus qui va s’accroître de ce fait permettra de réalimenter les budgets de la sécurité sociale. Il y a beaucoup d’autres choses à faire pour restaurer la justice sociale : permettre une meilleure transition vers la pension, favoriser une réelle égalité homme/femmes, etc. Pour la protection des travailleurs, il faut souligner l’importance des organisations syndicales qui doivent être présentes également dans les PME et les mesures collectives. La base à défendre en priorité est le respect du principe du dialogue mais il y a une réflexion à mener ensemble sur des modèles de gestion plus innovants. 
  1. G. : Il y a 15 ans, la notion de RTT était mal perçue même au sein des syndicats. C’est bien de voir qu’elle percole et se répand. En termes de développement économique, il faut réfléchir à l’exploitation de nos ressources locales. L’économie de proximité a du sens, elle est partagée, mieux contrôlée. Les citoyens et les travailleurs peuvent se réapproprier ainsi des filières entières de l’alimentation, du logement, de la culture mais aussi de la production de biens. C’est une dynamique d’entrepreneuriat à finalité sociétale que la gauche peut soutenir, voire mettre en place et développer. On voit progressivement apparaître des modèles d’entreprise où la gouvernance est mieux partagée et il faut les favoriser. Ecolo-Groen a déposé une proposition de loi favorisant l’économie solidaire sur les sociétés à gestion participative. Le travailleur doit ressentir une valorisation dans son travail. Cela repose sur des règles de bonne gouvernance. 

Questions du public 

 1.      Comment mettre en œuvre ces convergences ?

2.      Politiques et argent, dévalorisation du politique, politiques mal payés ?

3.      Politiques sociales et politiques d’activation débouchant sur des exclusions

4.      Education, enseignement, formation : inadéquation par rapport au marché de l’emploi

5.      La construction de logements sociaux : un thème sur lequel la gauche peut se mobiliser au niveau local ?

6.      Fiscalité : un combat commun ? 

  1.  : Comment mettre en œuvre ces convergences ?
  1. H.: Aujourd’hui, l’argumentaire électoral qui domine est de droite (réfugiés, sécurité, …). Le discours prône, partout, l’individu au détriment du collectif. Le sentiment de découragement est présent chez les citoyens, après les combats sans résultats de ces derniers mois. Les outils et thèmes de lutte sont mis au placard. Il y a donc une culture à recréer. Reconstruire une culture de lutte prendra du temps. Cela ne concerne pas que les politiques : les syndicats, le monde associatif, etc. sont essentiels pour remettre à l’ordre du jour les valeurs de la gauche et recréer ce cadre favorable. Mais nous sommes beaucoup plus forts que nous le croyons et ils sont beaucoup plus faibles qu’ils le pensent.
  1. D.: La convergence de gauche existe déjà au parlement et dans la rue. Rappelons, par exemple, la fermeté des Wallons sur le CETA. Dénoncer ne suffit pas. La gauche doit formuler des propositions et viser le pouvoir. Se fixer des objectifs précis, c’est par exemple se battre sur la réduction du temps de travail et sur l’impôt (impôt progressif, impôt sur la fortune, taxation des capitaux mobiliers et immobiliers). 
  1. G.: Les partis de gauche ont intérêt à se liguer et à mener ensemble des combats et projets communs et ce, à tous les échelons de pouvoir. Il faut reprendre l’initiative et proposer en commun des projets à la population. 
  1. : Politiques et argent, dévalorisation du politique, politiques mal payés ?
  1. D.: Le parlement doit représenter la société dans toute sa diversité. Il n’y a pas de « métier » politique mais des élus. La dévalorisation du politique à laquelle on assiste est un danger pour la démocratie.
  1. H.: Je connais des boulots beaucoup plus chiant que celui de député. Nous n’avons pas à nous plaindre de nos revenus. Les élus du PTB reversent une partie de leur rémunération à leur parti. Le débat sur l’argent traverse toute la politique.

M.G. : Les mêmes droits doivent être appliqués à tous et le parlementaire sortant devrait jouir des droits lui permettant de se réinscrire sur le marché de l’emploi, ce qui n’est pas le cas pour l’instant, après plus de 8 ans de mandat. Les mandataires d’Ecolo reversent une partie de leur rémunération à leur parti.

  1. : Politiques sociales et politiques d’activation débouchant sur des exclusions 
  1. G.: Chacun a droit à un revenu, à la dignité, à l’accès aux soins de santé. Une priorité est aussi la lutte contre le dumping social. La Belgique est à la traîne et a rejeté les clauses sociales et éthiques prévues par l’UE.

R.H. : Les allocations sociales doivent  se situer au-dessus du niveau de pauvreté. Il faut cesser de stigmatiser et pourchasser les chômeurs dès le moment où il n’y a pas d’emploi.

  1. D. : Parmi les principes que les partis de gauche doivent défendre en commun, il y a l’individualisation des droits et le revenu de base garanti.
  1. : Education, enseignement, formation : inadéquation par rapport au marché de l’emploi
  1. H.: Les bases transversales manquent à beaucoup de jeunes. Il faut revoir l’enseignement en ce sens, sur le modèle finlandais, pour que chacun dispose de bonnes bases avant d’être formé à des compétences spécialisées.
  1. D.: Un aspect important de la formation, c’est aussi l’information des jeunes dès leur plus jeune âge. Il faut citer à ce titre des initiatives comme les Cités des métiers et Cités de l’éducation. Au niveau européen, la « garantie jeunesse » permet au jeune de moins de 25 ans de ne pas sortir du circuit et de retrouver les conditions nécessaires à l’accès au marché de l’emploi.
  1. : La construction de logements sociaux : un thème sur lequel la gauche peut se mobiliser au niveau local ?
  1. D.: On assiste à détricotage de la politique de logement. Les communes sont confrontées au contexte d’austérité et ne peuvent se lancer dans des projets immobiliers par faute de moyens. Il faut sortir les investissements publics des normes budgétaires. Pour le droit au logement en général, les AIS sont des outils à développer pour mettre des logements privés à des prix accessibles à la disposition des demandeurs.
  1. H.: En l’absence de financement public, il faut trouver des sources de financement alternatives pour la rénovation ou la création des logements sociaux. Il faut aussi veiller à une adéquation entre le montant du loyer et le revenu.
  1. G.: Les AIS sont des outils à développer. Le logement est un secteur porteur, où il est possible de créer de l’emploi tout en favorisant des modes d’organisation de l’entreprise innovants et les nouvelles technologies en matière énergétique, notamment

P : Fiscalité : un combat commun ?

  1. D.: Globalisation des revenus, progressivité de l’impôt, taxation des richesses. C’est un combat difficile que la gauche peut porter si elle est unie.
  1. G.: Pour financer les politiques de lutte contre la pauvreté, de logement ou d’enseignement, il faut d’abord des recettes. La globalisation des revenus est à la base d’une politique publique et il y a des décisions à prendre quant au financement de l’Etat. 

Réduction du temps de travail, taxation des richesses, économie de proximité, soutien aux politiques sociales, droits des travailleurs : les partis de la gauche sont sur la même longueur d’ondes. Et les propositions à formuler en commun ne manquent pas. Une forme de convergence des forces de gauche existe déjà, dans la rue comme au Parlement. Mais face à l’ampleur du combat à mener, la gauche devra prendre l’initiative de proposer des projets communs et relever le défi de l’unité à différents niveaux de pouvoir. Si la reconstruction du rapport de force est en marche, le chemin est encore long. Notre Gauche poursuivra dans sa lancée pour ancrer nos valeurs communes, peser sur le réel et fédérer la gauche.

 

Rencontre du 10 décembre 2016

85 personnes étaient présentes pour notre 3eme rencontre sur le thème de la jeunesse avec des représentants de la FEF et des jeunes FGTB.

Compte-rendu de la rencontre du 10 décembre 2016

QUEL AVENIR POUR LA JEUNESSE ?

Rencontre du 10 décembre 2016 | Liège AUBERGE SIMENON

Invitées : avec Liliane Baudart (aide à la jeunesse), Vincent Fanara (Jeunes FGTB) et Romain Di Nunzio (Fédération des Etudiants Francophones).


Notre Gauche pour accorder un place aux jeunes, la réduction du temps de travail est une priorité.

Quel avenir pour la jeunesse ? Notre Gauche a ouvert un espace de débat et de propositions sur ce thème. Quelque 80 participants, de tous âges et régions, en discutent, ce samedi 10 décembre

Accès aux études, flexibilité, mesures d’activation, pénurie d’emploi, nouvelles technologies,… Les jeunes sont les otages d’un monde où pauvres sont de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches. La société est plus que jamais campée sur des positions qui privent les jeunes d’un avenir professionnel tout autant que de leurs capacités d’agir. Un enfant sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté et il y a de plus en plus de jeunes entre 15 et 29 ans qui sont marginalisés. Dépourvus de formation, sans emploi, sans une quelconque perspective d’avenir, ils sont toujours à charge de leur famille à un âge avancé quand ils ne sont pas à la rue. Les dispositifs d’insertion de ces jeunes qui ont décroché, s’ils existent, fonctionnent dans le désordre, sans coordination et sont, dès lors, sans effet. Outre le morcèlement des politiques et des actions, on note que, parfois, des moyens ont été dégagés (UE) mais qu’ils sont inexploitables car inadaptés aux réalités du terrain.

L’ascenseur social est en panne avec, en arrière plan, un discours élitiste qui met à mal les principes élémentaires du fonctionnement de notre société, qui prône l’individualisme à tout prix et la réussite, qui pointe effrontément du doigt de soi-disant « bons à rien ».  La Suédoise a frappé très fort en supprimant l’allocation d’insertion pour plusieurs catégories de bénéficiaires : un jeune sans diplôme s’en voit privé jusqu’à l’âge de 21 ans, tandis qu’un jeune qualifié de plus de 25 ans n’y a plus droit. «Activez-vous au plus vite » : le message politique sous-jacent est culpabilisant, démotivant et contradictoire à plusieurs égards. Dans les fait, l’offre d’emploi, a fortiori pour les moins qualifiés, a été réduite par d’autres mesures et circonstances : prolongation de la durée des carrières, suppression de postes dans le secteur public, dérégulation, …

De plus, il ne suffit plus d’avoir un diplôme pour trouver un bon job. Lorsque une offre paraît, elle requiert une foule de compétences, de la polyvalence, de la mobilité, une expérience déjà acquise. Lorsque emploi il y a, il est souvent précaire, intérimaire, sous-payé et le job offert au jeune exige une flexibilité plus grande encore que celle qui s’impose, avec la Loi Peters, à tous les salariés.

On peut parler d’asservissement : le jeune est instrumentalisé, dévalorisé et considéré comme un objet sans valeur : « Comment trouver un logement sans emploi et sans revenus stables ? Toutes les locations  exigent somme importante en caution ? Comment acquérir de l’expérience si on ne trouve pas d’emploi ? Comment s’arrimer au monde du travail, avec des CDD ou intérims semés de périodes d’inactivité ? », énumère un intervenant. Pour le jeune, le cercle vicieux se ferme sans issue puisque le travail reste le principal vecteur de reconnaissance sociale.

La discrimination s’effectue dès l’école, offrant des chances de s’en sortir d’abord à ceux qui sont, au départ, les moins démunis. L’école vise de plus en plus à formater les étudiants aux exigences du marché et ce formatage conduit à des impasses. L’enseignement se réfère aux valeurs de la méritocratie. Il laisse de moins en moins de temps aux jeunes pour leur permettre de s’épanouir et se être actif en dehors du cadre scolaire. L’hyperchoix en matière de formations est factice dès le moment où il n’y a pas, parallèlement,  de politique d’information et d’orientation quant aux études et aux métiers. De plus, les études ne préparent pas au parcours du combattant qui est promis au jeune diplômé sur le marché du travail.

Une année d’études supérieures, toutes dépenses comprises, coûte entre 8000 et 10000 euros. Ce n’est pas à la portée de tous et, s’il existe des bourses, leurs conditions d’octroi ont été revues. Elles tiennent compte, à présent, du revenu total de tous les cohabitants, en ce compris les frères et les soeurs, eux aussi souvent en situation précaire. L’accès aux études se restreint : le numerus clausus est d’application en médecine. A quand dans d’autres filières ? L’instauration du numerus clausus en médecine est symptomatique. La pénurie de médecins dans certaines régions n’étant pas une chimère, il compromet l’accès aux soins pour tous dans l’avenir.  Une fois encore, on s’en prend aux plus jeunes.

On a l’impression que tout un faisceau de mesures anti-jeunes se mettent en place et convergent vers l’exclusion et la stigmatisation. Il est temps de mettre  sur la table des projets permettant aux jeunes de relever la tête : favoriser leur accès au logement et réduire le temps de travail afin de redistribuer l’emploi figurent parmi les pistes à explorer. D’autres mesures sont également citées, comme une « allocation jeune » et un service citoyen en réponse au décrochage, sans compter les projets collectifs et citoyens auxquels les membres de Notre Gauche pourraient s’atteler. En toile de fond, se dessine forcément la question de la répartition des richesses qui est centrale dans les choix ou actions que nous souhaitons mettre en place.

En janvier, Notre Gauche interpellera divers mandataires sur les propositions émises.

Compte-rendu de la rencontre du 2 octobre 2016

À PROPOS DE LA PRÉCARISATION

Rencontre du 2 octobre 2016 | Liège CREAHM

Invité(e)s : Christine MAHY, Jean SPINETTE, Geneviève BAERT (par vidéo)


Geneviève BAERT

En guise d’introduction, Geneviève Baert, facilitatrice en réduction des inégalités, rappelle via une vidéo qu’on ne nait pas pauvre, on le devient. Personne ne veut rester pauvre, chacun espère offrir autre chose que la pauvreté à ses enfants. La pauvreté résulte d’un processus et non pas d’un état. Il y a lieu de définir les mécanismes qui amènent des groupes de la population à devenir pauvres et d’enrayer ces mécanismes.

Christine MAHY

Christine Mahy, pour le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP), communique les apports des membres du Réseau, issus de l’examen des propositions de Notre Gauche.  Ils suggèrent de prendre appui sur ces bases pour formuler des propositions plus incisives et se donner les capacités de créer rapidement un rapport de force suffisant.

Christine MAHY envisage globalement les orientations générales de Notre Gauche en attirant notre attention sur le fait que les alternatives doivent se construire en portant la plus grande attention à ne pas fédérer seulement les plus forts des plus faibles. Elle nous rend attentifs à ne pas fonctionner selon les règles d’un système méritocratique, qui pourra donner quelques avantages à des individus qui seraient censés les « mériter ». Il faut des solutions structurelles qui s’appliquent à tout un chacun. C’est ainsi que peut se construire la justice sociale.

Il faut dès lors que les mouvements de gauche fassent en sorte que TOUTES les politiques soient évaluées à l’aune de la lutte contre les inégalités.

Christine Mahy formule quelques remarques plus précises à propos de certaines propositions de Notre Gauche pour alimenter la réflexion qui peut les renforcer.

L’Europe est sociale

Geneviève Baert l’affirmait déjà dans la capsule vidéo introductive : les piliers sociaux que l’Europe dit défendre sont importants. En matière de santé, de revenus, de travail et de conditions de travail, en matière de logement, de mobilité, de services publics compétents, d’accès à un enseignement gratuit, les mesures qui concrétisent les piliers sociaux de l’Europe doivent devenir aussi contraignantes que les mesures économiques, avec des sanctions financières à la clé pour les états qui ne mettent pas en place ces piliers sociaux.

Concernant « les richesses réparties de manière radicalement égalitaire », le RWLP préfère le terme équitable au terme « égalitaire ». Non, répartir, ce n’est pas donner exactement la même chose à tous, les systèmes régulateurs sont indispensables. Le Réseau souligne aussi que par richesses, il convient d’entendre tous les biens, et ne pas se limiter à l’aspect financier. L’habitat, l’héritage foncier, l’accès au savoir et à la culture en font également partie.

Christine Mahy prend l’exemple des allocations familiales pour montrer qu’un montant identique pour tous ne crée pas une réelle égalité, puisque les situations des parents et/ou des enfants sont différentes. Le nouveau système en cours d’élaboration au niveau du gouvernement wallon doit donc prévoir une réelle régulation. En passant, Christine Mahy rappelle que contrairement aux idées reçues, les ménages qui connaissent le trop peu savent en général très bien gérer leurs revenus.

« L’économie est au service de la justice sociale » : pour le RWLP, l’action sur le logement et sur l’alimentation des gens sont prioritaires. Le logement est d’ailleurs aussi un levier économique puissant. Par ailleurs, si le bio ou les circuits courts ont la cote, il ne faut pas oublier qu’il faut garantir une alimentation saine à tous,

« On travaille moins pour vivre mieux »

Oui, mais encore faudrait-il pouvoir travailler. Christine Mahy insiste sur le fait que la toute grande majorité des gens ne demande qu’à travailler, dans des conditions correctes. Le RWLP s’oppose à l’allocation universelle qui favoriserait immanquablement la loi de la jungle et créerait une catégorie de gens jugés inutiles, inintéressants pour la société.

Elle cite aussi la problématique de la mobilité qui doit être résolue comme un problème collectif, et non individuel.

« L’éducation rend les hommes et les femmes libres »

Le RWLP prône un réseau d’enseignement unique. Il insiste sur la gratuité scolaire, en notant que ce concept est passé à l’arrière-plan dans le pacte d’excellence. Faire payer certains services éducatifs ne responsabilise pas les parents, puisqu’ils délèguent ainsi simplement leur pouvoir à un système qui peut alors s’organiser en dehors de la citoyenneté active et responsable.

En matière de culture, Christine Mahy remarque qu’il y a de forts préjugés concernant les artistes qui n’exerceraient pas de « métier ».  Cette tendance s’est renforcée avec la dérive managériale à laquelle on assiste.

Elle note la trop faible considération portée à l’associatif alors que celui-ci se voit confier des missions que le secteur public n’arrive pas ou plus à remplir. À tel point, par exemple, que les experts qui, en Wallonie, évaluent les actions financées par le Fonds Social Européen, estiment que l’associatif obtient trop peu de résultats. Or, il s’agit de missions que le secteur public abandonne justement parce qu’il ne peut pas les assumer, et donc encore moins obtenir des résultats ! Parmi ces experts, on ne trouve pas de représentants de l’associatif. Ce sont essentiellement des académiques issus de nos universités et des chefs d’entreprises.

« La solidarité est le principe fondamental »

Le RWLP soutient la nécessité d’un système de sécurité sociale organisé. Il s’inscrit en faux contre les décisions et actions politiques de la Ministre Maggie De Block qui détricote ce système.

Il évoque aussi de nombreux mécanismes qui favorisent des classes sociales plus aisées et que des systèmes de solidarité devraient contrer.

Christine Mahy prend l’exemple courant des organismes culturels qui vendent des abonnements en début de saison, ce qui permet d’asseoir leur trésorerie. Les achètent ceux qui peuvent. En retour, ils recevront des prix réduits, des bonnes places, des invitations parce qu’ils ont préfinancé l’institution et ce, parce qu’ils en ont les moyens.  Les autres, qui ne peuvent pas avancer ces sommes, ne pourront pas bénéficier de tous ces avantages.

On peut voir la même chose dans les soins de santé : les actions de dépistage du cancer, les incitants aux visites préventives chez le dentiste, etc. n’atteignent souvent pas les exclus, mais constituent un effet d’aubaine pour ceux qui n’en ont pas vraiment besoin.

« La dynamique démocratique est revivifiée »

Christine Mahy, au nom du RWLP, propose à Notre Gauche de développer davantage les aspects qui touchent à :

  • la justice, de moins en moins accessible aux gens de peu ;
  • l’accès aux droits sociaux, qui doivent pouvoir être revendiqués, d’où la nécessité d’une jurisprudence en la matière ;
  • la dénonciation de la particratie, qui favorise la reproduction du système par luimême.

Elle souligne qu’il est fondamental de ne pas se passer de l’intelligence citoyenne des gens « écrabouillés ». 

Jean SPINETTE

Pour Jean Spinette, président du CPAS de Saint-Gilles, alors que 2016 est l’année du 40ème anniversaire du vote de la loi organique créant les CPAS, cette année est caractérisée par un dépeçage de la sécurité sociale et par des atteintes importantes à la loi relative au CPAS.

On inscrit par exemple dans la loi des articles qui demandent aux travailleurs sociaux des CPAS une évaluation économique de leur travail ou on leur demande de traquer de présumées fraudes en mettant à mal leur secret professionnel. L’augmentation des exclusions du chômage entraine un phénomène de non utilisation des droits par les individus concernés. Les personnes en question n’ont souvent ni la connaissance de leurs droits, ni l’énergie et les moyens pour les exiger par des recours contre les mesures qui les touchent. De plus, les campagnes pour la lutte contre la « fraude sociale » pointent du doigt les citoyens comme autant de fraudeurs potentiels, alors que cette fraude est inférieure à 5% des bénéficiaires du revenu d’insertion.

C’est aussi l’année où l’indépendance des CPAS est mise en cause. La dissolution prévue des CPAS dans les communes aurait pour effet de mettre en concurrence les dépenses sociales – donc celles des CPAS – avec d’autres dépenses et objectifs budgétaires. Les CPAS, notamment dans les grandes villes, risqueraient donc de voir leurs budgets davantage rabotés.

Aujourd’hui, le pouvoir fédéral met en avant la lutte contre le djihadisme et la lutte contre la fraude sociale, pour remettre en cause le secret professionnel des travailleurs sociaux et exiger un contrat signé avec chaque usager, le Projet individualisé d’Intégration Sociale (PIIS), qui peut être un outil de travail social mais qui s’avère extrêmement lourd si on impose sa généralisation.

Depuis leur création, les CPAS ont beaucoup travaillé dans l’ombre et ont développé de très nombreux dispositifs d’accompagnement et de soutien individuels et collectifs. Or aujourd’hui, on fixe des objectifs qui visent à désosser la sécurité sociale, on diminue le financement des services sociaux en conférant aux CPAS une compétence universelle. Sous couvert de responsabilisation, on contrôle et on sanctionne.

Aussi Jean Spinette invite les citoyens à « entrer dedans » les CPAS plutôt que de leur « rentrer dedans ».

Il ajoute que les pratiques managériales, avec leur terminologie et leur système d’évaluation, les exigences de l’e-administration font des travailleurs sociaux des agents administratifs qui passent leur temps à encoder des tas de données. Les travailleurs sociaux n’ont plus le temps de l’accompagnement, ils gèrent l’urgence. L’aide financière prend le pas, là où il n’y a pas de résistance, les travailleurs sociaux se transforment en contrôleurs de l’éligibilité des usagers aux services et aux droits garantis.

Ainsi, sous couvert de réformes budgétaires, de consignes de management, on s’est privé de l’idéal de la législation initiale des CPAS, alors qu’il faudrait recréer le contact et la confiance. Il faut réanimer l’alliance objective entre le secteur associatif et les CPAS, afin qu’un débat citoyen généreux reprenne le dessus dans les structures et les projets sociaux.

DÉBAT

Un des premiers intervenants constate que l’article 23 de la Constitution belge, qui garantit à tous une vie conforme à la dignité humaine, est bafoué. Il conviendrait donc d’introduire des recours juridiques, de saisir jusqu’à la Cour Constitutionnelle. À titre d’exemple, il relève que pour les bénéficiaires des minima sociaux, pourtant en deçà du seuil de pauvreté, le droit au mariage n’existe pas, puisque dans ce cas, la personne perd 25% de ses allocations en perdant le statut d’isolé.

Jean Spinette indique que l’article 23 de la Constitution est en effet très complet, mais c’est le pouvoir municipal qui l’applique, par exemple via l’action des CPAS. On peut donc en quelque sorte se renvoyer la balle, et la pauvreté est toujours traitée comme au XVIème siècle, au temps de Charles Quint, où l’on se répartissait les pauvres d’une entité territoriale à l’autre.

Effectivement, les actions en justice sont rares. Une bonne part du temps des gestionnaires des CPAS est consacré à la bataille pour obtenir sa dotation.

D’autres soulignent le fait que la classe moyenne se réduit, que les situations de pauvreté augmentent, ou que la pauvreté touche prioritairement les enfants.  Jean Spinette confirme, Bruxelles détient le record d’Europe de la pauvreté infantile et ce problème est crucial puisque les inégalités qui touchent l’enfance sont fondatrices du parcours de vie des enfants touchés : dès le premier âge, les inégalités s’installent, l’enfant ne va pas à la crèche, les difficultés scolaires ne sont pas suffisamment prises en compte, mais dès que ces enfants ont 18 ans, la société exige d’eux qu’ils soient « employables »… Plutôt que de tenter de contester les données statistiques, comme le font certains ministres, il faudrait agir. 1On notera aussi que l’assistante sociale est bien démunie face à cette problématique : elle ne voit pas les enfants, mais l’adulte, en journée, souvent au guichet du CPAS.

Un retraité constate que l’autonomisation induite par mai 1968 a en quelque sorte ouvert la porte à la situation actuelle en évacuant la dimension de groupe, présente par exemple dans la notion de classe sociale. Les effets pervers des bonnes intentions…

Une intervenante invoque la nécessité de s’atteler à créer un rapport de force suffisant pour faire changer la situation.

Si l’on a évoqué la perversion de nos institutions par les options du gouvernement fédéral, par les sirènes du management productiviste, il faut aussi rapporter ce processus à un phénomène mondial tel celui que poursuit l’OMC qui s’attaque à nos systèmes politiques pour en privatiser les services.

Une intervenante souligne aussi la difficulté et la fragilité d’une action commune des CPAS vu leurs importantes différences, liées notamment aux tailles des communes. Par exemple, Liège compte 350 SDF « répertoriés » et gère quelques 12.2000 revenus d’intégration, alors qu’une commune voisine compte seulement 2 SDF.

Un participant, consultant pour le secteur public, insiste sur les effets pernicieux des analyses cout/bénéfice, parfois confiés à des firmes d’audit privées, et auxquelles on soumet les institutions (mais aussi les personnes) : elles excluent finalités et objectifs du bien commun et tous les indicateurs concernent la gestion et l’évaluation des résultats. Ainsi, la réforme Copernic, dans une logique néolibérale, utilise des critères de rentabilité privée pour déterminer l’organisation et le fonctionnement des services publics. Dans le même ordre d’idées, on peut citer les plans stratégiques transversaux dans les communes.

Un dernier intervenant martèle qu’il est urgent de changer le modèle social. Il faut dire que la pauvreté est inacceptable ; que la répartition inégalitaire des richesses est inacceptable et qu’elle n’est pas une fatalité.

Appelé à réagir aux interventions, Jean Spinette confirme une fois de plus que les droits et les services mis en place par nos législations sont sous-utilisés, et que beaucoup de communes ne mobilisent pas ces droits, pour des raisons idéologiques.  Il revient aussi sur l’exemple de la pauvreté infantile. Un enfant n’est pas un « usager » du CPAS. De 0 à 18 ans, que fait-on pour les mineurs ? Beaucoup trop peu, mais à partir de la majorité, à 18 ans, ces citoyens sont des bénéficiaires d’allocations en puissance, et alors, on les interroge sur leur emploi !


Christine Mahy intervient sur la conditionnalité des soutiens. Le contrôle n’est que la dernière étape, l’aide sociale est hyper conditionnée dès le départ : les gens doivent « se déshabiller » pour prouver qu’ils entrent dans les conditions en termes de revenus, de situation de vie, de recherche d’emploi, etc. Ce non-respect de la vie privée, l’énergie qu’il faut dépenser pour entrer dans le cadre fixé, cela touche aussi les travailleurs. Pour faire évoluer cette situation, il faudrait décloisonner des institutions comme les syndicats et le RWLP pour travailler à tous les endroits de la chaîne : actuellement, on met face à face travailleurs (sans emploi) et pauvres, alors que l’un « prépare » l’autre.

Elle insiste sur la prudence qu’il convient d’adopter face aux mesures-annonces. Ainsi, si elle se félicite de l’adoption par le Gouvernement wallon d’un plan de lutte contre la pauvreté, elle évoque aussi son financement.  Elle compare celui-ci aux moyens associés au Plan Marshall 4.0, qui équivalent à  2.900.000.000 euros Le plan de lutte contre la pauvreté, lui, ne se voit attribuer aucune allocation directe. Le montant de 129.000.000 euros qui y est associé provient uniquement de moyens prélevés dans les politiques structurelles, dépendant des budgets de plusieurs

Christine Mahy rappelle également l’importance de la réforme de la politique d’allocations familiales engagée pour le moment par la Wallonie. Il est indispensable d’augmenter la proportion des suppléments sociaux, qui ne constituent actuellement que 5% de la masse globale, alors qu’ils constituent un levier important dans la réduction des inégalités.

Elle souligne encore une fois les risques de dérives méritocratiques dans la lutte contre la pauvreté, par exemple lorsque des fondations privées se positionnent en soutien à l’État où s’y substituent mais en fixant leurs conditions. Jean Spinette la rejoint : alors que les CPAS prennent en compte toutes les pauvretés, les fondations choisissent leurs pauvres. On ne consolide pas la sécurité sociale en acceptant ce glissement vers la philanthropie.

Le RWLP propose un changement de point de vue : et si on arrêtait de parler de la pauvreté des gens, pour mettre l’accent sur les richesses que tout citoyen, indépendamment de ses revenus et de son statut social, peut offrir à la société.

CONCLUSION

Thierry Basomboli conclut en rappelant, comme Jean-François Ramquet, l’animateur du débat, que les dix propositions de Notre Gauche ne constituent pas le programme d’une organisation politique, mais une base de rassemblement pour l’action de militants là où ils pensent pouvoir agir.

Le texte qui fonde Notre Gauche est un manifeste, qui doit nous servir à nous fédérer et à prolonger nos débats pour préciser, concrétiser, complexifier et ancrer nos positions et les valeurs que nous défendons.

Compte-rendu de la rencontre du 26 juin 2016

FAIRE SOCIÉTÉ AUTOUR DE NOS VALEURS

La première assemblée des signataires de NOTRE GAUCHE le 26 juin 2016 | Caserne Fonck


L’appel de NOTRE GAUCHE émane de quelques citoyens convaincus que l’effondrement  programmé des solidarités et le caractère désormais suspect de tout ce qui est collectif engendre un véritable recul de civilisation et nous fait foncer vers la catastrophe.

La dynamique de notre réunion a pourtant montré que les valeurs progressistes sont encore largement partagées et s’expriment de multiples façons sur le terrain. L’ancrage de la gauche est bien vivant, même si beaucoup de forces conduisent à sa division et son éparpillement.  En nous fédérant autour de nos dénominateurs communs, nous pouvons constituer un nouveau rapport de forces plus favorable au bien commun que celui que nous subissons.

Nous pourrons alors peser. Sur l’état de l’opinion et sur tout ce qui contribue à structurer cette opinion : associations, mouvements citoyens, médias, syndicats, partis. Nous pouvons peser dans les processus de décision aussi.

Dans l’appel de NOTRE GAUCHE, les valeurs de justice et d’égalité qui nous sont chères se traduisent en dix points qui constituent la trame d’un projet de société auquel nous aspirons.

Nous pouvons dans la foulée constituer un cercle vertueux autour de ces valeurs, afin de les ancrer, afin de peser, afin de fédérer.  Le groupe fait ses tout premiers pas mais il est résolu à élargir ce cercle vertueux et à « faire société » autour des valeurs qu’il partage. Sans avoir de solutions toutes faites, nous voulons construire l’avenir ensemble, dans une logique d’ouverture et de participation citoyenne.

Nous sommes 500 à avoir signé l’appel de NOTRE GAUCHE. Pour peser, le nombre est la condition première. Il faut donc amplifier, partager, convaincre de l’intérêt de notre démarche et de la pertinence des principes que nous défendons.

Rendez-vous est fixé le dimanche 1er octobre pour la prochaine assemblée.

Trois thèmes feront  l’objet d’un traitement plus en profondeur :

  • Comment lutter contre la peur en évitant les dérives sécuritaires ?
  • Comment favoriser une société plus inclusive et contrer la précarité ?
  • Quel avenir voulons-nous, notamment pour les jeunes ?

D’ici là, n’hésitez pas à continuer à faire signer notre appel.

DETAILS

Il est 11h00, ce dimanche 26 juin. La première assemblée des signataires de NOTRE GAUCHE se tient à la Caserne Fonck, à Liège. Une centaine de citoyens sont assises en cercle et sur les murets tout autour : actifs ou non, de tous âges, de tous horizons social ou géographique, unis par ce socle de valeurs communes, tout autant que par l’envie de leur redonner un espace d’expression et, surtout, de développement.

Ce qui nous lie, c’est la volonté de rebâtir une société juste et équitable, une société où les citoyens sont égaux, une société dont la solidarité, l’éducation, le respect, le pacifisme sont les pierres angulaires. Au-delà de nos sensibilités et de nos sphères d’action respectives, nous partageons et défendons quelques principes qui nous semblent fondamentaux dans tout projet de société. Ils sont au nombre de dix mais la liste n’est pas fermée*.

Dans les faits, la réunion a montré que les convictions, les projets concrets et les idées ne manquent pas.

Ancrer les valeurs de gauche n’est pas nécessaire en soi : elles le sont déjà ! Combien sommes-nous à vouloir combattre l’injustice et à nous impliquer dans des projets qui portent nos valeurs communes d’égalité et de solidarité ? Certainement beaucoup plus que ces 500 signataires ! Si l’on mettait bout à bout tous nos terrains d’action, si on mettait en commun et si on valorisait ce qui nous rassemble, nous aurions le pouvoir de peser pour faire éclore un projet de société conforme à nos valeurs. Nos valeurs se traduisent dans le concret et s’expriment sur le terrain. Elles sont, pour la plupart d’entre nous, une réalité vécue et défendue au quotidien, même si, parfois, «les initiatives s’essoufflent et les énergies se dispersent ».

« La pauvreté n’est pas une fatalité, elle fait partie d’un système », lance un participant.  « Tout le monde voit bien que l’économie de marché est un échec et que le capitalisme ne provoque que des crises », poursuit un autre. L’assemblée évoque le discours ambiant : mépris à l’égard des valeurs,  mise à mal des libertés et droits, déni des réalités sociales, violence médiatique. Il y a matière à « décoder et démonter ce discours » qui fait écho sur le terrain à des fractures bien plus profondes et  à des dérives plus que dangereuses. Mais, si une « peur de l’avenir » s’exprime, on s’accorde, jeunes en tête, sur le fait que des alternatives concrètes existent et on évoque les projets épinglés dans le film « Demain ».

Oui, il est possible de mettre l’économie au service du bien-vivre de tous et de rétablir une dynamique démocratique et collaborative. En témoignent nos expériences professionnelles, associatives, individuelles. Plus simplement, chacun peut à son niveau être acteur à part entière de la transformation sociale : respecter certaines valeurs tout en les appliquant autour de soi est un premier pas en ce sens. De plus, la diversité des actions et positions en faveur d’une société juste, participative et égalitaire est une richesse et pourrait se mobiliser en une force de changement.

Peser, c’est « penser en termes de projet de société et de stratégie », ce qui demande que la logique partisane soit mise de côté. Les clivages sont tout profit pour les tenants d’un monde essentiellement marchand et élitiste. NOTRE GAUCHE est donc une sorte de pied-à-terre commun, un espace de libre accès, d’échange et de coworking duquel peuvent émerger de nouveaux moyens d’action utilisables là où nous sommes, dans la vie professionnelle, dans les partis, les syndicats, le monde associatif, les organisations culturelles, etc.  La forme et le fonctionnement de cet espace restent évidemment à préciser. Le chantier est largement ouvert. Le débat à son sujet aussi. Chacun peut y prendre part.

« En quoi NOTRE GAUCHE est-il différent des autres mouvements ?», demande une participante. C’est le moment de préciser qu’il ne s’agit pas  d’une démarche concernant les seuls partis politiques,  mais que l’ensemble des forces de gauche est concerné. Par ailleurs, il s’agit d’une démarche franche, sans arrière-pensée ni arrière-cour et qui concerne potentiellement tous ceux qui n’ont pas renoncé à leurs idéaux.

Fédérer est l’élément indispensable du cercle vertueux : si les sensibilités progressistes se déclinent et se traduisent de mille façons, rien n’empêche de se mettre sur la même longueur d’ondes, d’identifier ce qui nous rassemble et d’exprimer ce qui nous réunit. Pourquoi ne pas souligner les axes de convergence voire mutualiser certaines ressources et ainsi être les acteurs d’un nouveau rapport de forces plus favorable au bien commun que celui que nous vivons.

Avec quels résultats escomptés ?  « Prendre la parole, c’est déjà prendre le pouvoir », analyse un participant.  Il faut commencer par parler librement et mettre en commun les idées. Si nous voulons peser sur les décisions, si nous voulons faire entendre les idées et les principes qui nous sont les plus chers, si nous voulons qu’ils soient respectés, car ce n’est plus le cas, nous devons faire nombre et faire entendre notre voix. Nous pourrons agir à travers des structures existantes ou en leur sein mais ce n’est que collectivement que l’on y arrivera ! « La résistance des appareils sera farouche : seule une parole libre et gratuite pourra avoir raison d’intérêts qui ont leur propre logique et affaiblissent la cause du bien commun », lance une voix.  « Nous devons travailler tous ensemble », répond une autre en écho. Ensemble, nous aurons le poids nécessaire pour modifier le rapport de force entre la droite et la gauche.

« Comment initier une démarche réellement participative entre nous ? », demande une jeune femme. Quelqu’un embraye : « Toute action est vaine tant que les gens ne se sentent pas représentés ».  Il se dégage que NOTRE GAUCHE aspire à l’ouverture : tout citoyen ou groupe qui veut œuvrer pour les valeurs de gauche ou qui travaille sur leur base y est le bienvenu. De même NOTRE GAUCHE devra s’ancrer dans le terrain, s’y montrer actif et impliquer un plus grand nombre d’acteurs.

La dynamique est lancée et chacun peut faire circuler notre appel.

Rendez-vous est fixé le dimanche 1er octobre pour la prochaine assemblée.

Trois thèmes feront l’objet d’un traitement plus en profondeur :

  • Comment lutter contre la peur en évitant les dérives sécuritaires ?
  • Comment favoriser une société plus inclusive et contrer la précarité ?
  • Quel avenir voulons-nous, notamment pour les jeunes ?

* Notre Gauche appelle à une société où :

  1. Les richesses sont réparties de manière radicalement égalitaire.
  2. L’économie est au service de la justice sociale.
  3. On travaille moins pour vivre mieux.
  4. L’environnement est respecté et amélioré.
  5. La solidarité est le principe fondamental.
  6. L’Etat est laïque.
  7. L’éducation rend les hommes et les femmes libres.
  8. L’Europe est sociale.
  9. La solidarité et le pacifisme caractérisent les relations internationales.
  10. La dynamique démocratique est revivifiée.