Compte-rendu de la rencontre du 24 octobre 2018

Cure de désintoxication idéologique

Du bon usage des mots pour reconquérir le pouvoir

 

En introduction Yvette Lecomte, notre porte-parole, rappelle la trajectoire de Notre Gauche et la dynamique qui aboutit ce jour à l’organisation de la onzième rencontre du mouvement avant d’égrener les thématiques autour desquelles nous avons chaque fois tenté d’identifier le terreau commun aux 3 formations politiques (ECOLO, PTB, PS) inscrites dans ce processus.

La lutte contre les précarités, la jeunesse, la fiscalité, l’impact sur l’emploi du numérique, la singularité du Portugal en Europe ont balisé un chemin dont on peut retrouver trace sur le site internet www.notregauche.be

Ensuite, Olivier Starquit prend la parole pour évoquer l’importance de s’intéresser aux mots qui emportent davantage que la somme des lettres qui les composent. Les mots créent du réel, explique-t-il. En outre, il pointe l’appauvrissement de leur diversité dans nos milieux professionnels ou politiques. Or l’usage de certains mots ne relève pas de l’anodin. Dans ce contexte, deux figures de style emportent les suffrages : l’euphémisme et l’hyperbole.

L’euphémisme voit le locuteur préférer le terme « employeur » à « patron », « restructuration » à « licenciement » ou encore « éloignement » à « expulsion ». Tout cela procède d’une volonté de lisser le réel et de le purger de toute forme de conflictualité. L’irruption du terme « gouvernance » procède majestueusement de cette même logique.

Le recours à l’hyperbole s’incarne souvent dans la couverture par certains médias d’une grève transformée en un « mouvement de grogne » convoquant la métaphore animale ou en une « prise d’otage » sans pourtant aucune menace pour l’intégrité physique des usagers. On pourrait ajouter qu’un débat donne souvent lieu souvent à l’accusation de « populisme » contre celui qui joue la partition sociale. Remonter le courant de la justification avant d’entamer son argumentaire politique fait perdre beaucoup de temps.

Que faire ? Sur le plan individuel, c’est un exercice de vigilance qui induit d’abord de la lucidité et plus concrètement la réactualisation de vocables tels que « ouvriers » ou « lutte des classes ». Il n’y a pas de dictionnaire des « mots qui sentent bon » car c’est en fonction de leur usage qu’ils gagnent en toxicité. Sur le plan collectif, l’éducation populaire peut jouer un rôle salutaire pour prendre la mesure du phénomène. En tout état de cause, n’oublions pas que celui qui impose le vocabulaire fixe « l’ordre du jour ».

De son côté Philippe Hambye s’interroge sur l’origine de l’intoxication idéologique qui organise notre rapport au monde sur des sujets tels que la crise migratoire, les conséquences du vieillissement de la population ou encore la grève générale. Il pose l’hypothèse que l’ensemble des discours serait le produit du « système des médias » dans une inquiétante uniformité de traitement. Il s’interroge aussi sur la manière dont les publics s’informent sur quelque sujet à fortiori quand il souligne que la matinée info de La Première connaît une audience de 9%… certes avant un mouvement de percolation. Dans la foulée, il plaide pour un service public des médias garantissant pluralisme et rigueur de l’information.

Ensuite, Philippe Hambye ouvre le chapitre du langage et de son cortège de présupposés. Il revient sur l’interview récente d’une personnalité politique qui s’exprimait sur question de la mobilité à Bruxelles et qui validait son discours par le fait que sa stratégie de mobilité était bonne pour les entreprises. La rentabilité des entreprises pourtant très éloignée de la justice redistributive devient sur ses lèvres un tabou indiscutable…

Quand il revient sur le recours à l’euphémisme c’est pour constater l’intériorisation (inconsciente) voire l’entérinement (insidieux) d’une certaine vision du monde.

Enfin, Philippe Hambye épingle la difficulté de substituer à des expressions usuelles telles que « employabilité » ou « marché de l’emploi » des termes plus congrus. Il enchaîne sur la disparition du mot « égalité » au bénéfice du terme « égalité des chances ». Il ne pense pas que parce chacun est doté des mêmes chaussures de sport que la compétition est plus équitable. Dans le même ordre idée, il s’emporte sur l’usage de l’expression « assainissement des finances publiques » qui donne à penser qu’elles sont sales alors que le service public reste aussi « le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas » et que l’endettement public relève de l’investissement.

En conclusion de son intervention, à la question de savoir de quoi tout cela est le nom, il répond que c’est la marque d’une forme de renoncement qui s’insinue en chacun de nous. Nous avons renoncé à dire : « non, ce n’est pas juste ».

Comment arrêter de renoncer ?

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